Mercredi, 11 Janvier 2012
Les Nouveaux Riches
Dans le contexte actuel d’augmentations importantes des tarifs du gaz, regardez ce documentaire diffusé mardi soir sur Arte Le grand monopoly du gaz. À l’heure du débat sur le gaz de schiste, l’équipe du film a interrogé les acteurs clés du commerce international. L’approche géostratégique d’un univers opaque de pouvoir et d’intrigues, domine par une lutte implacable pour le monopole. Car si le gaz est l’énergie fossile la plus propre, son exploitation et sa commercialisation ne sont pas des plus transparentes... Une enquête passionnante sur le commerce international du gaz qui apporte un éclairage bienvenu sur cet univers opaque, entre les mains d’hommes de pouvoir et d’ambition.
Qui détient les ressources mondiales en gaz, dont nous dépendons pour notre consommation ? À l’heure où l’on parle d’une augmentation importante des tarifs, l’équipe du film a interrogé les acteurs clés du commerce international. Le résultat : une approche géostratégique d’un univers opaque de pouvoir et d’intrigues, dominé par une lutte implacable pour le monopole. Car si le gaz est l’énergie fossile la plus propre, son exploitation et sa commercialisation ne sont pas des plus transparentes…
(Re)voir le documentaire :
Bande-annonce :
CHOIX STRATÉGIQUES
L’Union européenne consomme de plus en plus de gaz et en produit de moins en moins. À qui achetons-nous le gaz dont nous avons besoin ? Et qui nous approvisionnera à l’avenir ? Pour tenter de faire le point sur ces questions, le journaliste Martin Leidenfrost a interrogé les acteurs-clés de la production et du commerce international. De Bakou, en Azerbaïdjan, à Moscou et à la Sibérie en passant par Bruxelles, Istanbul et Baumgarten en Autriche, cœur du dispositif gazier européen, les réponses des dirigeants politiques et industriels, voire celles des employés des compagnies gazières, toujours très évasives, montrent à quel point les choix stratégiques sont dépendants des relations diplomatiques internationales. L’Europe arrivera-t-elle à faire aboutir son projet de gazoduc Nabucco ou continuera-t-elle à dépendre entièrement des approvisionnements russes de Gazprom qui fournit à lui seul 25 % de la production mondiale ? Devra-t-elle se tourner vers le gaz naturel liquide proposé par le Qatar ou recourir à la technique du fracking, un forage horizontal qui vise à secouer le gaz emprisonné en profondeur, comme le gaz de schiste ? Quels qu’ils soient, ses choix l’engageront pour de nombreuses décennies et seront coûteux.

Le documentaire sera suivi d’un débat (20mn) à 22.05
Les routes du gaz
Les flux de gaz en Europe
Carte actualisée des flux de gaz en Europe de l’Agence internationale de l’energie (AIE) [1] Cette carte donne mois par mois les fluxs de gazs sortants et entrants dans chaque pays. La carte interactive donne accès à des informations chiffrées sur le gaz naturel pour chaque pays. Production, besoins, importation, exportation, capacité de stockage, part du gaz dans les énergies, autosuffisance.
Cliquer sur la carte pour la voir en grand et naviguer à l’intérieur.

article source sur CDURABLE.INFO
Mardi, 06 Décembre 2011
Les Nouveaux Riches
L’éducation est un enjeu central, un enfant ne sachant pas lire, écrire et penser par lui-même est une chance en moins pour la société d’évoluer vers plus de liberté...
Yalla ! Mobilisons-nous, aidons les enfants à devenir des hommes libres.
Ici comme là-bas, ce message est plus que jamais d’actualité et l'association Asmae-Soeur Emmanuelle* est bien déterminée pour faire progresser l’éducation des enfants. Le web-documentaire "Les enfants de Mahaba, la Révolution des enfants du Caire" en est la preuve.
Égypte, octobre 2011. Juste avant les nouveaux évènements de la place Tahrir, les élections législatives approchent...
Devant cette nouvelle page qui s’ouvre, à Ezbeth-el-Nakhl au cœur de l’un des quartiers des Chiffonniers de la banlieue du Caire... Témoignages d'espoirs d'enfants et d'adolescents de l’école Mahaba :
- Abdel-Messih, 9 ans footballeur, rêve de porter les couleurs de l’Égypte, - Georges, son rêve ? Devenir ingénieur pour illuminer l’Égypte, - Marina, son rêve ? Devenir chirurgienne, - ou Nermine, 15 ans, qui rêve d’être la première femme Présidente de l’Égypte...
Comme eux, ils sont plus de 2600 écoliers (des enfants de toutes origines) à envisager un avenir plus souriant... L’Égypte de demain se construira avec ses enfants y compris les plus pauvres.
*Depuis 30 ans, l'association Asmae-Soeur Emmanuelle aide les enfants défavorisés à construire leur propre voie vers l’autonomie. Asmae est présente sur 3 continents, dans 9 pays (Burkina Faso, Egypte, Inde, Liban, Madagascar, Mali, Philippines, Soudan et en France).
Produit par l'association Asmae et réalisé par le photographe Mat Jacob du collectif Tendances Floues, ce web-documentaire (www.lesenfantsdemahaba.com) est un moment de grande proximité, de partage, d'échange et de communication avec la jeunesse Égyptienne... Il prend le contrepied des campagnes traditionnelles qui délivrent souvent des messages pessimistes sur un ton dramatique.
Espérons qu’il fera écho, le webdoc "A l'abri de rien" de la Fondation Abbé Pierre a bien remporté le Grand Prix Stratégies de la Communication éditoriale 2011.
C'est mon dernier mot... A vous d'apprécier, point d'interrogation !
Que pensez-vous du webdoc: Les enfants de Mahaba, la Révolution des enfants du Caire (by Asmae)
Bon, original, pertinent, efficace, créatif, innovant ou mauvais ?
Une réaction, un avis, une idée ? Votez, commentez et proposez des améliorations !
Aidez, Donnez votre avis*: Pour chaque affirmation suivante, dites-nous si elle s'applique à ce webdoc ?
*Blog-associations.com sonde (en permanence) ses lecteurs sur les quêtes du moment, d'hier et de demain... Nos sondages alternatifs n'ont pas (encore) de valeur scientifique, ils donnent une simple indication de l'opinion de nos lecteurs. Contactez-nous, pour vous inscrire sur notre panel blog-associations. Merci encore de votre soutien.
Vous avez d'autres web-documentaires à proposer, laissez un commentaire ci-dessous ou contactez-nous.
Mis en ligne le : 05/12/2011 pour www.blog-associations.com
Merci pour l'info Damien
Think Before You Share
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Mardi, 06 Décembre 2011
Les Nouveaux Riches
Ce 3 décembre 2004, vingt ans après la catastrophe industrielle de Bhopal, en Inde, qui a causé plus de 18 000 morts, c’est la stupeur à Wall Street. En direct sur BBC World, un porte-parole de la société Dow Chemicals, répondant au nom étrange de Jude Finisterra, annonce que la firme, assumant enfin les responsabilités de sa filiale Union Carbide, va indemniser ses victimes indiennes à hauteur de 12 milliards de dollars. "C’est la première fois dans l’histoire, souligne-t-il, qu’une société cotée en Bourse (…) adopte une mesure contraire à ses intérêts tout simplement parce qu’elle est juste." En effet. Les actions de Dow dégringolent immédiatement, jusqu’au démenti embarrassé de l’entreprise, quelques heures plus tard, contrainte de clamer à la face du monde son indifférence totale pour les 100 000 malades et le site contaminé. Les Yes Men, autrement dit les "béni-oui-oui", ont encore frappé. Et l’imposture de Jude (saint patron des causes perdues) Finisterra (comme "fin du monde"), en réalité Andy Bichlbaum, a mis la tragédie de Bhopal à la une. Les armes de ces guérilleros de la com’, partis à l’assaut du néolibéralisme mondial ? Le costume trois-pièces et le plan médias, les mêmes que celles de leurs ennemis – du géant Halliburton, qui fait fructifier la guerre en Irak, aux promoteurs de La Nouvelle-Orléans, profitant de Katrina pour chasser les pauvres des quartiers historiques, avec la bénédiction des autorités. Pour sauver le monde, les Yes Men et leur cohorte d’avatars (Hanniford Schmidt, Orillo Hochmecks, Erastus Hamm, René Osmin, Northrop Goody…) ont du pain sur la planche.
Voici le documentaire à visualiser en intégralité (pendant 7 jours - Version en VOD et DVD disponibles en cliquant ici) :
CONTRE-POUVOIR DU POWER POINT
Grosse ambition mais petit budget, les Yes Men, redresseurs de torts planétaires, élèvent le bidonnage au niveau du grand art pour tendre un miroir déformant au capitalisme en folie. Avec une déconcertante facilité (celle-là même, assurent-ils, qui permet aux multinationales de vendre aux rédactions leurs énormes mensonges), ils se font inviter dans les symposiums et salons internationaux pour vanter le profit à tout prix à coups de Power Point délirants. Malicieusement mise en scène, leur croisade potache pour réveiller les consciences et faire tomber les masques prend à la lumière de la crise une résonance salvatrice.
Selon Naomi Klein, l’auteur de No Logo, les Yes Men se situent dans l’ordre du génie. Faites-vous votre propre opinion en regardant ci-dessous quelques extraits.
Extraits
Extrait 1 : les Yes Men présentés par la presse internationale : des héros, des criminels ou des fous ? Professionnels du canular, sûrement.
Extrait 2 : Bhopal, une catastrophe industrielle.
Qui sont les Yes Men ?
Imposteurs ? Hackers pervers et frimeurs cruels ? Andy et Mike sont certainement des professionnels du canular.
Les origines
Andy Bichlbaum : En 1996, il travaille pour Maxim, une société californienne de création de jeux vidéos, qui a produit The Sims. Avant le lancement du jeu Simcopter, il insert un bug : deux hommes en maillot de bain sortent d’une piscine pour s’embrasser. La société n’apprécie pas. Pour Andy, ce n’est que le début d’une longue "carrière".
Mike Bonanno : Il est professeur au Rensselaer Polytechnic Institute de New York. Artiste et culture jammer, il est le créateur du Barbie Liberation Organization. L’objectif : inverser les voix des Barbie et des G.I Joe. Les soldats machos se retrouvent donc à crier Let’s go shopping. Les petites blondes en plastique Vengeance is mine !
Du maillot moulant doré au Survivaballs
Pour ridiculiser le libéralisme, les Yes Men sont prêts à tout. En 2001, ils créent un faux site Internet de l’ OMC (Organisation mondiale du commerce).
Ils se font passer pour des représentants de l’organisation et lors de la conférence Les Textiles du futur, en Finlande, Andy se présente sur scène en costume cravate.
Pour dénoncer les dérives du néolibéralisme et la convoitise des entreprises il joue, comme toujours, sur les registres de l’absurde. Il traite Gandhi d’« idiot protectionniste » et dénonce l’esclavage comme une perte de temps, une étape inutile avant l’exploitation des pays du tiers monde. Mais dans la salle tout le monde ne comprend pas l’ironie. Pour réveiller les invités les moins perspicaces, Andy enlève alors son costume pour se retrouver en maillot moulant doré avec un phallus gonflable géant.
Depuis, les Yes Men n’ont jamais arrêté leur activisme. Canular après canular, ils se sont fait passer pour des délégués de McDonald’s, en proposant un modèle de développement économique pas très durable, de Dow Chemicals, l’entreprise responsable de la tragédie de Bhopal, et du United States Department of Housing and Urban Development, pour dénoncer la planification urbaine de la Nouvelle Orléans après le passage de l’ouragan Katrina.
Aujourd’hui, ils persistent à vouloir refaire le monde, en proposant à des assureurs américains les Survivaballs. Ce sont des costumes énormes censés protéger (les plus riches d’entre nous, car le Survivaball est cher) contre les attaques terroristes, les armes chimiques et les catastrophes naturelles. Un projet absurde, que les acheteurs ont pourtant pris au sérieux, alors que la vidéo est assez explicite !
Pour en savoir plus, lire sur le site de Arte :
un entretien avec les réalisateurs
Les techniques du néomilitant
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Jeudi, 01 Décembre 2011
Les Nouveaux Riches
La Suisse ne marchera pas dans les pas de la France en matière de lutte contre le téléchargement illégal sur Internet. Tandis que l'Hexagone a choisi d'accroître ses efforts pour endiguer le piratage, en développant le dispositif Hadopi, les Suisses ont choisi de s'en tenir au cadre juridique actuel pour répondre à ce défi. Autrement dit, il n'y aura pas de riposte graduée chez les Helvètes.
Internet modifie notre consommation
"Internet a profondément modifié notre façon de consommer de la musique, des films et des jeux informatiques. Ces nouvelles habitudes ne devraient toutefois pas avoir de conséquences négatives sur la création culturelle. Le cadre juridique actuel permet de répondre de manière adéquate au problème des utilisations illicites d'œuvres. Il n'y a donc pas lieu de prendre des mesures législatives" note le Conseil.
Pour justifier cette position, le Conseil fédéral a remis un rapport (.pdf) sur les utilisations illicites d'œuvres sur Internet. Dans ce document, l'organe exécutif de la Suisse explique pourquoi la loi actuelle est suffisante. Cela ne signifie pas pour autant que le pays compte adopter une attitude complaisante à l'égard de ce phénomène. Mais les faiblesses du dispositif français n'incitent pas à aller plus en avant sur ce sujet.
Hadopi, un levier d'action "plutôt limité".
Sur l'Hadopi, le Conseil se montre assez réservé. Bien que la Haute Autorité "se prévale de quelques succès, il est impossible d'évaluer à l'heure actuelle l'impact de ces avertissements à long terme. D'un point de vue objectif, les effets de ce levier d'action semblent plutôt limités". Dès lors, le faible impact de la riposte graduée à la française ne justifie pas les lourds investissements qu'un tel mécanisme réclame.
"La réponse graduée [...] nécessite la mise en place d'un lourd appareil administratif. Les coûts annuels de fonctionnement de l'Hadopi s'élèvent à 12 millions d'euros selon le budget 2011 du ministère français de la culture et de la communication" rappelle le Conseil. Par ailleurs, les engagements internationaux de la Suisse risquent de ne pas être compatibles avec la "solution française".
L'ACTA et la responsabilité des FAI
Le Conseil fédéral s'est également très prudent sur les autres pistes. L'ACTA a notamment montré les limites de l'exercice. "Il s'est avéré que même entre États partageant les mêmes valeurs et poursuivant les mêmes buts, il était impossible de trouver un consensus allant au-delà d'un simple engagement à encourager la collaboration entre fournisseurs d'accès à Internet et titulaires de droits".
Le projet d'accord international vise en effet à augmenter la responsabilité des FAI face au piratage et a prendre des "mesures répressives", dans la mesure où ils "occupent de par leur activité une place de choix pour exercer un contrôle sur l'accès à la Toile". Jusqu'à présent, la Suisse est l'un des rares pays engagés dans les négociations à ne pas avoir encore signé le traité.
Le filtrage n'a pas non plus les faveurs de la Suisse
"Le verrouillage d'Internet par un fournisseur d'accès suscite des réserves comparables à celles formulées à l'égard de la réponse graduée. Ces mesures ne sont guère compatibles avec le droit à la liberté d'expression, et le fait que ce verrouillage ne soit pas ordonné par un tribunal, mais qu'il émane d'une entreprise privée le rend encore plus problématique".
"On évoque l'emploi de technologies de filtres en guise d'alternative, mais elles se heurtent également à des réticences liées à la protection des données. On craint, de surcroît, qu'elles ralentissent sérieusement la vitesse de connexion à Internet. Pour l'heure, cette approche ne semble donc pas non plus très prometteuse d'un point de vue pratique".
Les usages évoluent et les industries doivent suivre
En fin de compte, il n'y a pas lieu de prendre des mesures législatives spécifiques, le cadre actuel suffit. Surtout, le Conseil estime qu'il ne faut pas légiférer à l'emporte-pièce alors que les usages subissent de profondes mutations. D'autant que l'analyse du Conseil montre que la consommation légale de contenus culturels reste stable, même si elle évolue.
"On observe cependant des transferts au sein de ce budget. Ainsi, les utilisateurs et utilisatrices de sites de partage continuent d'investir dans le secteur du divertissement les économies qu'ils réalisent en téléchargeant des contenus sur Internet, mais au lieu d'acheter des CD et des DVD, ils s'offrent des billets de concert et de cinéma et des produits de merchandising" écrit le Conseil fédéral.
"Ce sont surtout les grandes sociétés de production étrangères qui pâtissent de ces nouvelles habitudes de consommation et qui doivent s'y adapter. Comme le montrent les transferts dans le budget divertissement esquissés dans le rapport, les craintes de voir cette évolution avoir un impact négatif sur la création culturelle suisse sont infondées".
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Vendredi, 25 Novembre 2011
Les Nouveaux Riches

L'Association des Fournisseurs d'Accès (AFA) a fait savoir lors la conférence Octopus dédiée à la "coopération contre le cybercrime", qui s'est achevée mardi au Conseil de l'Europe, que sa plateforme Point de Contact avait transmis 623 signalements de contenus dits "odieux" aux autorités, à ses membres, et à ses homologues étrangers. Sur l'ensemble ce ces signalements de contenus "potentiellement illégaux", 432 ont été retirés sans avoir besoin de recourir à une procédure judiciaire, par les hébergeurs.
Les "contenus odieux" sont ceux listés à l'article 6 I. 7 de la LCEN, qui impose la mise en place de la plateforme de signalement pour faciliter leur retrait :
Compte tenu de l'intérêt général attaché à la répression de l'apologie des crimes contre l'humanité, de l'incitation à la haine raciale ainsi que de la pornographie enfantine, de l'incitation à la violence, notamment l'incitation aux violences faites aux femmes, ainsi que des atteintes à la dignité humaine, les les personnes mentionnées ci-dessus (FAI et hébergeurs, ndlr) doivent concourir à la lutte contre la diffusion des infractions visées aux cinquième et huitième alinéas de l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et aux articles 227-23 et 227-24 du code pénal.
A ce titre, elles doivent mettre en place un dispositif facilement accessible et visible permettant à toute personne de porter à leur connaissance ce type de données. Elles ont également l'obligation, d'une part, d'informer promptement les autorités publiques compétentes de toutes activités illicites mentionnées à l'alinéa précédent qui leur seraient signalées et qu'exerceraient les destinataires de leurs services, et, d'autre part, de rendre publics les moyens qu'elles consacrent à la lutte contre ces activités illicites.
L'AFA précise qu'elle réagit différemment selon que le contenu signalé est hébergé en France ou à l'étranger. Si c'est en France, elle agit directement auprès de l'hébergeur pour faire retirer le contenu, et fait suivre le signalement à l'Office Central de Lutte contre la Criminalité Liée aux Technologies de l'Information et de la Communication (OCLCTIC). Celui-là même qui a fait censurer une BD en menaçant l'auteur de poursuites pénales, et qui usera de la même subjectivité pour lister les sites à bloquer dans le cadre de la LOPPSI. Si c'est à l'étranger, Point de Contact transmet le signalement à son homologue étranger, ou à défaut à Interpol via l'OCLCTIC.
Reste un chiffre que n'a pas communiqué l'AFA : le nombre de signalements reçus sur sa plateforme, notamment après la publication de son logiciel sous Windows qui permet de les multiplier plus encore. En mai dernier, l'association avait en effet déjà avancé le chiffre de 424 sites fermés par la police après ses signalements. Mais elle avait reçu par les internautes 8 196 signalements. S'ils sont de plus en plus nombreux, les signalements sont en réalité de moins en moins fondés. L'an dernier, le nombre de contenus jugés "potentiellement illégaux" après un contrôle par les services de Point de Contact a baissé de 12 %, alors que les signalements avaient augmenté de 7,5 %.
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Vendredi, 25 Novembre 2011
Les Nouveaux Riches
Photo : Beckie Loewenstein
Boston n’est pas New York, ni Oakland. Contrairement aux deux villes les plus médiatisées du mouvement Occupy, la capitale du Massachusetts est plus réputée pour sa recherche et ses universités (MIT, Harvard) que pour son activisme politique, même si c’est le berceau du Tea Party [1] Pourtant, des tentes ont poussé ici, au pied des buildings, comme dans près de 300 villes des États-Unis. Le mouvement Occupy Boston a fêté son premier mois d’existence le 31 octobre, jour d’Halloween. Hommes et femmes ont défilé devant les banques, le visage barbouillé de faux sang, criant le slogan : « Vous avez tué le rêve américain. »
Et, le 15 novembre, une importante victoire a été gagnée, qui pourrait faire école. Redoutant que la police ne déloge le camp comme à New York, quatre personnes, au nom du groupe, ont saisi la justice pour une sorte de référé préventif. À la surprise générale… ils ont gagné. La Suffolk County Superior Court (équivalent d’un tribunal administratif) a jugé que toute action visant à déloger Occupy Boston serait illégale. Le juge a invoqué le fameux 1er amendement, qui garantit la liberté d’expression. Seule limite, la durée : le jugement est valable jusqu’au 1er décembre, jour d’une prochaine audience.
Cookies et débats
Une victoire encore présente dans les têtes, samedi 19 novembre, à l’occasion du premier « sommet » du mouvement Occupy Boston. Dans un centre communautaire du quartier chinois, à quelques centaines de mètres des tentes de Dewey Square, près de 400 personnes sont réunies, tout l’après-midi, pour faire le point, débattre et se connaître. L’organisation est d’une précision redoutable. De grandes tables ont été décorées de fleurs artificielles et de figures de combattants emblématiques (Geronimo, Martin Luther King…). Une cantine tenue par des bénévoles vend sandwiches, cookies et boissons. Deux salles de repos sont à disposition, une pour les hommes, une pour les femmes.
Deux organisatrices à poigne mènent les débats au micro. Le principe consiste à discuter en groupes de quatre ou cinq de questions successives sur la vie du mouvement. Pour chaque nouveau thème, chacun doit changer de groupe. Quinze à vingt minutes pour échanger, puis dix à quinze minutes pour faire un point général : un porte-parole de chaque groupe peut alors prendre le micro pour exposer succinctement les deux ou trois idées forces issues de la discussion.
« Occuper les consciences »
Si jamais certains s’avisent de parler trop bruyamment pendant la prise de parole, les organisatrices hurlent « mic check ! » (« test micro », façon subtile de dire « fermez-la ! »), parfois reprises par toute la salle, jusqu’au silence. De fait, ça calme. Pendant ce temps, une artiste dessine au mur une fresque colorée, reprenant les mots-clés les plus cités.
En quatre heures d’assemblée générale, pas un couac, pas une agression verbale, pas de confiscation de la parole, de délire verbeux ou de leader pontifiant. Bien loin d’une AG à la française, en somme… Pourtant, les sujets de doute, de trouble ou de discorde ne manquent pas. Première interrogation récurrente : comment développer le mouvement en dehors des cercles militants actuels ? « Je fais partie de la vieille génération, et j’aimerais maintenant que les jeunes prennent le pouvoir, confiait Annette, dans la tente d’accueil du camp Occupy Boston, quelques minutes avant le début du sommet. Nous nous sommes battus pour les droits des femmes, pour une société plus juste, pour les droits civiques, et qu’avons-nous gagné ? Presque rien. » « Le mouvement Occupy peut reprendre les combats de ma génération, poursuit Annette, enthousiaste. Mais, pour cela, il faut que nous arrivions à le développer, à le diffuser. Occuper l’espace avec les tentes, c’est bien, c’est important, mais ce qu’il faut maintenant, c’est occuper les consciences. »
Problème de communication
De fait, les jeunes sont très présents dans le mouvement. Travailleurs et étudiants, à l’image de Bill, 21 ans, étudiant en langues étrangères, et Daniel, 23 ans, technicien dans un théâtre de Boston, présents dans le mouvement depuis le début, assis à la table de Joanie, syndicaliste quinquagénaire, membre du puissant Service Employees International Union. Ils discutent de la question : « What do we need right now ? » (« Et maintenant, que faire ? »)
Les problèmes de stratégie sont alors soulevés dans la salle. « Il faut absolument faire connaître notre mouvement et nos idées dans tous les milieux que l’on fréquente : famille, amis, travail », déclare Joanie au micro. Des mains se lèvent soudain et se secouent en silence pour approuver, à la façon des applaudissements des sourds et muets. Le lendemain, Joanie concrétisera son vœu en organisant une rencontre entre Occupy Boston et des membres de son syndicat.
Parmi les obstacles à la croissance du mouvement, les problèmes de communication. « Nous devons mieux travailler avec les médias », souligne un intervenant. De fait, les médias sont ici autant méprisés que les banquiers et les politiques. Occupy Boston n’a personne pour le contact avec la presse. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, chaque groupe Occupy dans le pays arrive à diffuser messages, actions et propositions. Avec une parfaite maîtrise du tempo – des infos plusieurs fois par jour, émanant de chaque groupe ou relayant l’actualité du mouvement dans le pays. Mais aussi de l’image : d’un point de vue esthétique et pratique, le site du moindre groupe Occupy de la plus reculée des villes du Kansas est bien plus performant que ceux des grands syndicats, partis et mouvements contestataires français…
Caricatures médiatiques
Forts de cet impact technologique, les groupes prennent d’autant plus de distance avec les médias, estimant pouvoir se passer de leurs services. Mais ils commencent à réaliser les points faibles de cette stratégie. Outre une communication qui pourrait être encore plus puissante, elle encourage les mass medias et les journaux locaux à verser dans la caricature. C’est ainsi que les grandes chaînes de télévision ont pris plaisir à survendre les sujets parlant de violence, de drogue, de problèmes sanitaires ou d’extrémisme idéologique. Tous ces faits existent dans le mouvement Occupy, mais sont marginaux par rapport à l’immense majorité des actions et des opinions.
Ainsi, dans le camp d’Occupy Boston, chaque journée est rythmée par une série d’activités où le débat intellectuel (Noam Chomsky est venu les soutenir en octobre) et la méditation (yoga, célébrations religieuses) sont très présents. Et loin de l’image d’anarchistes nostalgiques des sixties, une période rebutoir pour de nombreux Américains – ces années se résument pour beaucoup à la trilogie « sexe, drogues, violence » –, les militants et les sympathisants des groupes Occupy sont majoritairement plus réformistes que révolutionnaires.
Des Américains indifférents
« Lors d’une récente marche dans Boston, l’un des organisateurs a demandé aux participants quels étaient ceux d’entre eux qui votaient, raconte Annette. Près de 80 % ont levé la main. Or, s’ils votent, ce n’est pas pour des mouvements radicaux. Aux États-Unis, les votes se partagent entre Démocrates et Républicains. »
Certains points de vue défendus par le mouvement, sur la corruption généralisée particulièrement, sont partagés par de très nombreux Américains. Selon un récent sondage, seuls 13 % des Américains font confiance aux membres du Congrès. Un record historique de défiance ! Et un récent livre-enquête dénonçant la corruption des politiques connaît un succès croissant : rédigé par un chercheur de tendance plutôt libérale, Peter Schweizer, il porte le même titre que le livre-programme de Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous : « Throw them all out ». Son auteur a eu droit récemment à cinq minutes de gloire sur CNN.
Malgré cela, une majorité d’Américains restent indifférents au mouvement, et seule une minorité d’environ 20 % les approuve. La stratégie médiatique du mouvement n’est sans doute pas étrangère à cet écart entre le partage d’un même constat, des mêmes critiques et un faible soutien. Il faudrait aussi que les groupes Occupy commencent à mieux communiquer entre eux, soulignent quelques-uns. S’ils s’échangent des infos par Facebook ou Twitter, il n’y a pas de synergie entre les groupes, et beaucoup ignorent la localisation des autres Occupy aux États-Unis, à l’exception des cinq ou six qui sont très médiatisés. Et ne parlons pas des Indignés ou Indignados européens… qui n’évoquent rien ici.
Quelle stratégie ?
Autre interrogation majeure largement partagée : quels sont les objectifs d’Occupy ? « Je dois répondre à cette question cent fois par jour », confie Courtney, jeune femme sans emploi qui passe la plupart de son temps dans le camp pour accueillir les « visiteurs ». « D’un côté, cela pourrait être beaucoup plus efficace d’avoir un liste de messages et d’objectifs précis, confirme Joanie. D’un autre côté, maintenir un certain flou permet de conserver une diversité de points de vue et de personnes. »
Affirmation nuancée au micro par un « ex » d’Occupy Wall Street, qui explique que l’une des raisons pour lesquelles le camp de New York a été fragilisé et n’a pas tenu plus longtemps est justement liée à la trop grande diversité des points de vue et au manque de concertation. « C’est pourquoi je me félicite de ce que nous faisons cet après-midi, et je pense que nous devons le renouveler fréquemment », conclut-il, repris aussitôt par un autre : « Oui, organisons très rapidement un sommet sur notre stratégie. Car, pour l’instant, nous n’en avons pas… »
Luc Chatel, avec Matt et Olivia Bernow
Lire l'article et Basta! (vu sur Bastamag)
Vendredi, 25 Novembre 2011
Les Nouveaux Riches
Com’Publics Presse, société d’édition, annonce la sortie du magazine Voiture Ecologique, un trimestriel qui cible les particuliers, les entreprises et les acheteurs publics, à la recherche d’informations et de points de vue sur l’évolution des nouvelles formes de mobilité. Diffusé en kiosque le 29 novembre 2011, le premier numéro abordera en 120 pages des sujets comme la pollution dans les centres urbains ou bien encore les derniers modèles de véhicules hybrides.
Le développement des véhicules écologiques repose sur des facteurs complexes et mobilisent une multiplicité d’acteurs. Avec un parc automobile mondial dont la croissance à l’horizon 2030 devrait représenter 1,6 milliards de véhicules, le développement des véhicules écologiques permet de lutter contre le changement climatique et la pollution de l’air en ville. Face aux enjeux liés à un transport plus respectueux de l’environnement, le magazine Voiture Ecologique illustrera les différentes réflexions, points de vue et innovations dans le domaine. Ce magazine est conçu pour faciliter la lecture à plusieurs niveaux : novices, experts, professionnels. Il apporte des données chiffrées sur les évolutions des véhicules écologiques.
"La mobilité est un sujet de société, qui a pris place depuis maintenant plusieurs années dans le débat public. Chacun tente de faire le point sur l’avancée des constructeurs, les potentiels énergétiques, la réflexion des collectivités, etc. Il nous semblait donc primordial de créer un rendez-vous d’informations régulier, de débats et de donner la parole à tous les acteurs de ce domaine. Voiture Ecologique veut donner la parole à tous ceux qui sont concernés par ces enjeux : ministres, maires de grandes villes, chefs d’entreprise, présidents, syndicats, etc. et tous ceux qui ne travaillent pas directement sur le sujet mais qui peuvent nourrir le débat", commente Marc Teyssier d’Orfeuil, Directeur Général de Voiture Ecologique et Délégué général du Club des Voitures Ecologiques (RIVE) organisées sur le pôle mécanique d’Alès tous les ans.
"Etre le premier magazine sur le sujet est un véritable défi. Les nouvelles formes de mobilité ne se limitent pas à quelques innovations, elles procèdent aussi d’une réflexion de société à laquelle prennent part des acteurs de plus en plus nombreux. Il n’est pas facile pour tout un chacun, particuliers, entreprises, collectivités de se faire un point de vue sur un tel sujet, qui a ses défenseurs et ses détraqueurs. Voiture Ecologique sera pour cela un espace d’information, basé sur des points de vue pluralistes et des débats indépendants", commente Jean-Luc Moreau, Rédacteur en chef de Voiture Ecologique, et qui a été pendant plusieurs années le rédacteur en chef de RMC Votre Auto.
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Mercredi, 02 Novembre 2011
Les Nouveaux Riches
Tout commence en 1971, lorsque le gouvernement, par la voix de son ministre de la Défense Michel Debré, déclare que le camp militaire du Larzac doit s’étendre. Radicale, la colère se répand comme une trainée de poudre, les paysans se mobilisent et signent un serment : jamais ils ne cèderont leurs terres. Dans le face à face quotidien avec l’armée et les forces de l’ordre, ils déploieront des trésors d’imagination pour faire entendre leur voix. Bientôt des centaines de comités Larzac naitront dans toute la France... Le film retrace dix ans de résistance, d’intelligence collective et de solidarité, qui les porteront vers la victoire. Voici la bande annonce :
Tous au Larzac est diffusé par le distributeur AD VITAM. Pour connaître la liste des cinémas projetant ce film cliquez ici.
Extraits
Cette lutte, qui s’étend sur 10 ans, quasi le temps d’une génération, est une incroyable saga collective, pleine de bruit et de fureur, de rebondissements et de sursauts, de fulgurances et de découragements, d’engueulades et de moments de joies indicibles, et au bout du compte une marche chaotique inconsciente vers la constitution d’une communauté qui transcende de beaucoup les objectifs initiaux de la lutte. Mais cette oeuvre collective s’appuie d’abord sur des individus, sur des personnalités, souvent fortes, des têtes de cochon, des modérateurs, des stratèges, des orateurs, des fonceurs, des conciliateurs, qui pour la plupart se sont révélés aux autres et à eux-mêmes pendant la lutte. Dans ce film vous retrouverez ainsi les témoignages de LÉON MAILLE, PIERRE ET CHRISTIANE BURGUIÈRE, MARIZETTE TARLIER, MICHEL COURTIN, JOSÉ BOVÉ, CHRISTIAN ROQUEIROL, PIERRE BONNEFOUS, MICHÈLE VINCENT :
Note d’intention
Par le réalisateur Christian Rouaud
LE PAYSAGE COMME PERSONNAGE
Quelques hameaux, une centaine de fermes à l’architecture très typée, bâties en pierres du Causse, des maisons aux voûtes superposées et aux toits de lauzes. Certaines de ces fermes superbes, avec d’immenses bergeries qui évoquent des nefs d’églises romanes. Le paysage est bosselé, un peu lunaire, parsemé de roches fantasmagoriques travaillées par des siècles d’érosion. Les vents quasi permanents, la neige et les grands froids d’hiver, le temps souvent frais les soirs d’été après des journées accablantes de soleil, font que ces espaces caussenards sont décrits par les uns comme inhospitaliers, et par les autres comme splendides et étrangement attachant. On raconte des histoires de voyageurs tombant en panne de voiture sur le Larzac et qui n’en repartent plus… Une terre austère en tout cas qui fait irrésistiblement penser à des images de western. D’ailleurs Pierre Burguière évoque avec délectation la venue de "Petite Plume", actrice indienne que Marlon Brando avait envoyée à Hollywood refuser son Oscar pour attirer l’attention sur le sort fait aux Indiens d’Amérique, et qui était passée sur le Larzac en 1973. En compagnie d’un autre Indien elle était montée sur un rocher à l’entrée de la Blaquière, s’était assise en tailleur, et, contemplant le paysage, avait dit “C’est chez nous !”
La lutte du Larzac, au-delà de la menace sur l’outil de travail des paysans, c’est l’histoire de la défense d’un territoire, d’un espace de vie, d’un paysage. Il suffit d’arpenter un peu le plateau pour comprendre à quel point ses habitants, installés là depuis des générations ou nouveaux venus, ne pouvaient y renoncer sans se battre. Rarement un conflit social aura été à ce point ancré dans une terre, rarement un lieu de lutte aura attiré tant de gens sur quelques kilomètres carrés. L’histoire ne pouvait être racontée qu’ici, sur les lieux mêmes de l’action, y compris les escapades parisiennes en tracteurs, à pied ou en bateau-mouche. Car même si on allait de temps à autre se rappeler au bon souvenir de l’ennemi dans sa capitale, c’était pour mieux revenir résister là où la menace de l’armée était quotidienne.
Trente ans après, les lieux portent encore les stigmates de la lutte : "Gardarem lo Larzac" peint sur une citerne rouillée, “l’armée tue” sur un bâtiment du camp, la trace des écussons des régiments que les soldats peignaient sur les murs de la ferme de Cavaillès pour tromper leur ennui. L’arbre où ils avaient installé leur mirador est encore debout, la ferme "sauvage" en bois est là aussi, témoignage branlant de sa précarité, bref le décor est prêt pour le récit. Les rochers du Rajal où ont eu lieu les grands rassemblements, la superbe bergerie de la Blaquière, la maison des Guiraud, le Cun, les Truels, le bâtiment des domaines dans le camp militaire, la tombe de Guy Tarlier, avec le banc de pierre pour s’y asseoir à plusieurs, tous ces lieux parlent et soutiennent la narration par leur présence autour des personnages. C’est pourquoi les séquences s’articulent autour des décors, comme pour la visite, guidée par le récit, d’un espace encore habité par les bruits et les clameurs de la lutte. Ici le paysage réel nourrit le paysage mental, il fabrique de l’imaginaire tant et plus. Il est à mes yeux un des personnages du film.
ET C’EST PAS TRISTE...
Le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister, disait Gilles Deleuze. Je voulais que “TOUS AU LARZAC” soit un film gai, et, malgré les enjeux dramatiques, un film léger. D’abord parce que la lutte est souvent réjouissante, c’est particulièrement vrai pour celle du Larzac, dont certains épisodes font irrésistiblement penser à Guignol et Gnafron rossant le gendarme. Nombreux sont d’ailleurs les protagonistes qui avouent le plaisir qu’ils y ont pris. Mais surtout parce qu’ils en font le récit avec beaucoup de truculence et d’humour. Ils ont par rapport à ces “grands évènements” un recul, une distance ironique qui les empêcherait de se prendre pour des héros s’ils en avaient le penchant. Et ce savoureux accent aveyronnais qui les faisait acclamer dans les meetings ajoute un petit air d’espièglerie aux plus sérieuses considérations stratégiques.
COMME UN GALET BALLOTTE DANS LE COURANT
Ce qui reste encore mystérieux pour moi, c’est par quelle alchimie, malgré les dissensions et les affrontements internes, les paysans du Larzac ont pu non seulement rester soudés, mais renforcer leur cohésion au cours de la lutte. L’affirmation qui constituait le point de départ des Lip “On ira jusqu’au bout tous ensemble, on ne laisse personne au bord du chemin”, est sur le Larzac un point d’arrivée, après un long cheminement collectif.
Tout s’y opposait, pourtant :
Les paysans, isolés sur leurs fermes, divisés entre “petits” et “gros”, traditionalistes et modernistes, “purs porcs” et “étrangers”, s’ignoraient ou se jalousaient.
Dans les Comités Larzac, se frottaient de jeunes révolutionnaires issus de mai 68 et sûrs de leurs théories, des insoumis, des militants occitans, et quelques curés pour faire bonne mesure, tous chevelus et déguisés comme pour carnaval. Entre le comité de Paris, tendance Gauche Ouvrière et Paysanne, celui de Toulouse plutôt mao, les non-violents à Montargis et les anars de Bordeaux, on se demande comment on n’en est pas venu aux mains. Leur relation avec les paysans n’a pas toujours été non plus un chemin de roses. Les comités avaient parfois l’impression d’être une force supplétive, qu’on écoutait poliment. Et il arrivait que les décisions prises en assemblées générales le soir soient effacées le lendemain après une réunion restreinte dans une cuisine de ferme.
Si l’on évoque de surcroît la personnalité imposante de Guy Tarlier, extrêmement influent mais tiraillé entre la pression des jeunes loups intransigeants et la tentation de négocier pour ne pas tout perdre, et soupçonné, à tort ou a raison, de prendre des initiatives clandestines ou des contacts secrets, on a tous les ingrédients d’un beau gâchis. Les allées et venues de Pierre Bonnefous pour réconcilier tout le monde n’expliquent pas tout.
Et pourtant, malgré le projet manoeuvrier de mini-extension du camp, qui épargnerait les 103 et sacrifierait les nouveaux arrivés, les paysans refusent tout compromis lors d’un vote final à bulletin secret qui signifie clairement “Je ne veux pas, je ne peux plus, me séparer de mon voisin, quel que soit son statut”.
Peut-être le fin mot de l’énigme réside-t-il dans la conception de la démocratie mise en oeuvre dans cette lutte, comme à Lip d’ailleurs, au même moment. Car lorsqu’un conflit interne survenait, et Dieu sait si c’était fréquent, loin de chercher la victoire d’une fraction sur l’autre, on travaillait inlassablement à une solution qui convienne à tous. On ne se satisfaisait pas d’une courte majorité pour prendre les décisions, car on savait bien que pour les appliquer toutes les forces seraient nécessaires.
Lorsqu’on en reste à une majorité de 51% contre 49%, on suscite une moitié d’aigris qui rumine, accuse et s’éloigne, inévitablement. Personne ne doit se sentir vaincu ou privé de son expression dans le débat. Cela demande du temps, c’est compliqué, de rapprocher les points de vue divergents, de réduire les contradictions, comme on disait alors. Mais quelle efficacité ! Quelle force collective ensuite dans l’action ! Quel espace ouvert pour les initiatives personnelles ! Alors on discutait, longuement, un peu sur le mode de la palabre africaine, jusqu’à obtenir un consensus qui rendait le vote quasi inutile. L’idée circulait d’un groupe à l’autre, était modifiée au passage, infléchie plus loin, retravaillée ailleurs et finissait par s’imposer comme une évidence, à l’image d’un galet ballotté dans le torrent qui trouve sa forme idéale à force d’avoir été remué en tous sens par le courant.
Où prend-on le temps aujourd’hui du seul débat utile, celui qui donne à l’action collective la force des décisions prises réellement en commun ?
ACTUALITÉ DU LARZAC
Ce film est une donc une invitation à porter un regard neuf sur les années 70, qui ont vu toute une génération tenter de mettre en pratique les rêves de mai en prolongeant une insurrection qui leur avait laissé le goût amer de l’inachevé. Je voudrais que cette histoire, on puisse s’en nourrir pour regarder notre monde, ici et maintenant. Ce qui a caractérisé les luttes de cette période, n’est pas, comme on l’a dit parfois, le dogmatisme gauchiste, mais au contraire une incroyable liberté d’invention et de ton, une fierté, une insolence, une imagination sans bornes. Cette capacité à inventer des moyens inédits de se défendre collectivement nous fascine car elle semble faire défaut aujourd’hui, ou tout au moins souffrir sous le boisseau des structures mentales anciennes, des modes médiatiques, de la résignation et du découragement aussi. Dans cette mesure, le Larzac nous parle de nous aujourd’hui. Il y a dans cette histoire matière à rêver d’une société où il est possible de dire non à l’inacceptable, où il est possible d’imaginer ensemble, où l’individu trouve sa place dans une communauté vivante qui ne fait pas de lui un simple exécutant de décisions prises forcément au-dessus de lui.
Il ne s’agit pas là de proposer un modèle, l’histoire ne repasse pas les plats. Rien n’est transposable, le monde va si vite. Quant aux “modèles” qu’on a prétendu nous faire suivre naguère, ils ont fait faillite, quand ils ne se sont pas terminés en bain de sang. Il s’agit modestement, à travers le récit d’une lutte longue et terrible, de laisser monter en nous la petite musique de la connivence, de vibrer avec les acteurs, de craindre avec eux, de rire avec eux, de s’immiscer dans l’intimité d’un groupe qui invente. Ils l’ont fait, c’est donc possible ? S’il y a une actualité du Larzac, c’est là qu’elle se trouve à mes yeux. Dans ce que cette histoire peut remuer en nous, dans la force subversive dont elle est porteuse. À chacun d’en faire, ou non, son miel.
Le Larzac s’affiche
Au cours de toutes ces années, le Larzac a peu à peu dessiné l’image d’un combat dont témoignent la centaine d’affiches rassemblées dans un livre de Solveig Letort intitulé Le Larzac s’affiche et publié aux éditions Le Seuil. Réalisées dans l’enthousiasme, ou la rage parfois, elles ont le mérite de mettre à jour une formidable énergie créative et une belle aventure humaine. Dans la préface de ce livre, Stéphane écrit : "Pour la terre qui fait vivre, contre les armes qui tuent. La résonance universelle de ce qui est ainsi affirmé dans ce lieu singulier. L’ambiance prophétique qu’on y ressent quant à l’humanité à promouvoir. Oui, l’expérience des luttes du Larzac joue un rôle très particulier dans notre mémoire. Elle ouvre les coeurs à une émotion communicative. C’est comme si elle nous incitait à aborder avec plus de confiance et plus de détermination les défis vécus comme graves. De l’humanisme dont cette expérience porte la marque nous savons que nous avons plus que jamais besoin."
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Jeudi, 27 Octobre 2011
Les Nouveaux Riches
Pour la troisième année consécutive, l’institut Médiascopie a conduit l’étude "Les mots d’un monde plus durable" : six cents Français représentatifs ont été interrogés entre le 28 mars et le 8 avril 2011 sur deux cents mots relatifs au champ lexical du développement durable, repérés dans la littérature, les médias, des articles de presse, ou encore dans les conversations de tous les jours. Il est "intéressant de savoir ce que pensent les Français des notions comme celle du développement durable, qui sont plus souvent débattues dans des cercles d’experts", estime ainsi Denis Muzet interrogé par Olivier Clairouin et Camille Revel-Mouroz du site Planetreporters. Bilan : l’espoir d’aller vers un monde plus durable s’est nettement dégradé depuis 2009. De 6,9 sur une échelle de 10 cette année-là, il est passé à 6,5 en 2010 pour tomber à 6 cette année.

Selon l’étude, les Français ne cautionnent désormais plus un modèle de développement fondé sur la croissance économique et la mondialisation. Paradoxalement, le concept de décroissance reste toutefois "impopulaire" : "C’est un adjectif un peu fort", tempère Denis Muzet interrogé par Olivier Clairouin et Camille Revel-Mouroz. "Les gens n’ont pas envie de décroître, il faut plutôt leur dire qu’il faut consommer moins." Jugée bien plus enthousiasmante est l’idée d’une "transition vers une société sans pétrole", introduite pour la première fois dans l’étude.
La raison de ce changement de mentalité ? Les nombreux "signaux négatifs" qu’ont reçus les Français ces derniers temps, estime le sociologue. À l’échec de la conférence de Copenhague s’est ajouté l’abandon de certains projets comme la taxe carbone ainsi que certaines déclarations provenant du gouvernement. Comme, par exemple, lorsque Nicolas Sarkozy estimait en mars 2010 que l’environnement, "ça commence à bien faire".
Les Français ont pris conscience des excès causés par leur mode de vie : "ils savent bien qu’ils ont eux-mêmes laissé faire, qu’ils ont parfois participé au gaspillage". Pourtant, quand on leur propose des solutions, nombreux disent : "pourquoi pas, tant que ça ne me coûte pas plus cher", poursuit Denis Muzet. Il existerait ainsi des "solutions magiques" selon lui, comme le covoiturage, qui permettent un "triple bénéfice : économique, écologique et social". Au final, qui doit agir ? Paradoxalement, les Français souhaitent l’appui des gouvernants, pourtant perçus comme en partie responsables des crises telles que Fukushima : "ça se danse à deux, cette affaire-là", estime l’auteur de l’étude.
Reste que la morosité des Français devrait continuer à peser à l’avenir, estime Denis Muzet. Les affres de catastrophes telles que celle qui a secoué l’archipel japonais se feront sans doute sentir encore quelques temps. "En 2012, les chiffres seront sans doute encore plus négatifs", évalue le sociologue.
Les 7 grands enseignements de l’enquête
Vous pouvez télécharger cette synthèse au format PDF en cliquant ici.
1- La montée des crises et des catastrophes depuis 2010 – crise économique et sociale, crise climatique, pollution, accident nucléaire au Japon, etc. – exacerbe le sentiment des Français qu’il y a urgence à ce que nos sociétés prennent en compte les critères du développement durable. Simultanément, “l’espoir d’aller vers un monde plus durable” s’est dégradé entre 2010 et 2011 : il subit une baisse d’un demi point sur une échelle de 0 à 10 en un an et de presque un point sur les deux dernières années.
2- Nos compatriotes renvoient la responsabilité de l’action en matière de développement durable vers les acteurs collectifs ; ils attendent plus que jamais des pouvoirs publics, des entreprises et des ONG un engagement fort pour faire face à ces questions complexes qui les touchent de plus en plus et devant lesquelles, en tant qu’individus, ils se sentent démunis. Le paradoxe est là : la population se tourne vers les acteurs collectifs – politiques, économiques en particulier – au moment où la crédibilité de ceux-ci est profondément affectée par la crise. D’ailleurs, le volet de cette enquête consacré aux “acteurs du développement durable” – responsables politiques, entreprises, ONG, etc. – montre que le crédit qui leur est accordé s’est globalement dégradé sur la dernière année.
3- La catastrophe de Fukushima rejoint Tchernobyl au cimetière des symboles du risque encouru par les pays qui ont fait le choix de l’atome civil. Les centrales nucléaires suscitent une forte méfiance, même si l’item centrale nucléaire en France est mieux accepté ; en dépit de l’angoisse qui se fait jour, l’industrie nucléaire “à la française”, faute de mieux, conserve donc une forme de soutien raisonné de la population, à condition de sécurité, et parce qu’elle permet de ne pas voir s’envoler les prix de l’énergie.
4- Afin de faire face à la crise environnementale, les Français estiment qu’il y a besoin de concertation et d’entente au niveau mondial. Ils appellent de leurs voeux une gouvernance environnementale, des conférences sur le climat, ainsi qu’une coopération mondiale sur le climat. Ils souhaitent que soit instaurée une fiscalité verte ; et l’exemple, à leurs yeux, doit d’abord venir d’en haut, gouvernants et grands groupes industriels ; à chacun son rôle, l’État pour orienter et donner les règles communes, les entreprises pour les suivre, et les individus pour agir à leur niveau, sans supporter au-delà de leur possibilité le poids de la culpabilité, ni celui de l’effort à fournir.
5- L’idée qu’il faut désormais remettre en question un modèle de développement trop uniquement fondé sur la mondialisation et la croissance s’impose comme une évidence ; de nouvelles régulations, qui engagent de nouvelles façons de gérer l’économie, commencent à émerger et à se populariser. La décroissance reste une perspective impopulaire et la croissance économique n’emporte plus l’enthousiasme d’autrefois (l’item est en recul d’un demi-point en un an), les regards se tournant vers la croissance durable et verte ; tandis que l’idée de préparer la transition vers une société sans pétrole progresse à vive allure (l’item, introduit cette année dans cette enquête, se place d’emblée très haut sur le mapping).
6- Le Développement durable voit ainsi s’ouvrir un véritable “marché du changement”, au sein duquel des opérateurs de toutes sortes – entreprises, associations, ONG – pourvoient les citoyensconsommateurs en principes déclinables en actions et en solutions opérationnelles. Les secteurs montants de ce marché sont les énergies renouvelables, les transports propres, la ville durable, les emplois verts et l’innovation sociale. Dans le domaine sociétal, le Développement durable d’une société en crise ne peut faire l’impasse sur la rénovation du pacte social, autour de la consultation des citoyens, de la démocratie participative et de la RSE. Mais, plus encore que de co-décision, c’est d’une réelle solidarité dont nos sociétés ont besoin : la lutte contre l’illettrisme, contre l’exclusion, pour l’égalité des chances, et la lutte contre les discriminations sont plus que jamais des combats d’actualité.
7- Clés de voûte d’un monde plus durable, trois valeurs président à l’avènement d’une société capable de mieux maîtriser sa consommation, d’économiser son énergie et de préserver son cadre de vie : le respect, la responsabilité et la solidarité. Ces valeurs nourrissent, du côté du consommateur, un ensemble de comportements encourageants autour de la notion d’achat responsable : lever le pied sur l’autoroute, changer de chauffage, recourir au covoiturage, pratiquer le vélo, consommer local ou acheter des fruits et légumes de saison, sont quelques-uns des écogestes emblématiques, qui dessinent autant de nouvelles habitudes à prendre et qui ont un impact positif sur la facture, par ces temps de crise du pouvoir d’achat.
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Vendredi, 14 Octobre 2011
Les Nouveaux Riches
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Pour aller plus loin
Fiches technique(s) ou dossier(s)
Petit tour d’horizon des manipulations génétiques (mai 2010)
Biologie synthétique : un développement discret (décembre 2008)
Les articles des bulletins Inf'OGM(s)
Un génome bactérien synthétique
(pertinence: 100%)(janvier 2008)
Retrait des gènes marqueurs, une nouvelle technique
(pertinence: 66.666666666667%)(septembre 2008)
TILLING, une méthode qui se développe
(pertinence: 66.666666666667%)(septembre 2008)
Une protéine Bt modifiée pour contrer l’apparition de résistance
(pertinence: 66.666666666667%)(septembre 2008)
ETATS-UNIS - Les PGM de seconde génération : pas pour demain !
(pertinence: 66.666666666667%)(juin 2008)
L’Union européenne applique-t-elle l’équivalence en substance ?
(pertinence: 66.666666666667%)(mai 2008)
Projet ENCODE - Décryptage technique
(pertinence: 66.666666666667%)(juin 2007)
Produits transformés : difficile quantification des OGM
(pertinence: 66.666666666667%)(novembre 2007)
Plantes mutantes : davantage modifiées que les PGM ?
(pertinence: 66.666666666667%)(septembre 2008)
Nouvelle méthode d’insertion de transgènes
(pertinence: 66.666666666667%)(juin 2007)
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Pour approfondir cet article, Inf'OGM vous recommande la brochure suivante
Comment détecter des plantes transgéniques aux champs ?
Pourquoi faire analyser un produit pour établir l’absence d’OGM ? Faire les analyses soi-même ou demander à un laboratoire ? Quels échantillons envoyer ? Combien cela coûte-t-il ? Des questions auxquelles ce guide se propose de répondre simplement. En expliquant les obligations légales de chacun, ce que sont les analyses et en faisant un tour des kits commercialisés, ce guide permettra à tout ceux qui le souhaitent de comprendre comment on détecte des OGM. |
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Bactéries synthétiques pour fabriquer les produits chimiques de demain : la solution ? par Eric MEUNIER , octobre 2011
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Une bactérie disposant d’un code génétique en partie synthétique a été mise au point par une équipe internationale de chercheurs. Cette bactérie possède un génome dont un des quatre éléments de base est un composant de synthèse. L’ADN se compose en effet de quatre bases : l’Adénine, la Guanine, la Cytosine et la Thymine. Les chercheurs ont travaillé avec la bactérie Escherichia coli K12 qui exige que lui soit fournie de la thymine car elle est incapable de la synthétiser elle-même. Après une mise en culture de cette bactérie dans des milieux contenant de la thymine en quantité décroissante et un substitut de synthèse (chloro-uracile) en quantité croissante, les chercheurs ont fini par sélectionner des bactéries Escherichia coli K12 capables d’utiliser le chloro-uracile à la place de la thymine. A noter que les chercheurs ont également enregistré la présence de « nombreuses mutations » dont le rôle dans cette adaptation reste à établir [1]. Les scientifiques travaillant sur ce projet sont issus de l’Institut de Biologie de Berlin, du Commissariat à l’Energie Atomique (IG/Genoscope – Évry), du CNRS, de l’Université d’Évry, de l’Université Catholique de Leuven (Belgique) et de l’entreprise états-unienne Heurisko. Selon Philippe Marlière, Président d’Heurisko, « ces travaux constituent une avancée importante de la xénobiologie, une branche émergente de la biologie synthétique [qui vise à concevoir des organismes « non naturels dotés de capacités métaboliques optimisées pour l’élaboration de modes alternatifs de synthèse »] ». L’idée des scientifiques est de mettre au point des organismes permettant de synthétiser des produits chimiques en quantités industrielles. Et pour déjà parer aux problèmes que de tels organismes pourraient poser en cas de dissémination dans la nature, les chercheurs ont retenu l’option de les rendre dépendant de composants (comme de la nourriture) n’existant pas à l’état naturel. Ainsi, cette bactérie Escherichia coli K12 ne pourrait subsister dans la nature puisqu’elle n’y trouverait pas de chloro-uracile. Philippe Marlière précise d’ailleurs que l’approche adoptée est le meilleur moyen de mettre en œuvre le « principe de précaution dans les biotechnologies sans ralentir le progrès industriel », précisant que « ça n’est pas forcément vrai que c’est dangereux » [2]. Mais, nous permettrons-nous de rajouter, pas forcément faux non plus... Le présent travail ne ressemble pas à ce qui est couramment décrit dans la biologie de synthèse (bio-briques, cellules synthétiques, cellules minimales...). Néanmoins, les scientifiques partagent la même approche qui est de travailler en fonction d’un lien direct et instantané entre recherche et débouchés commerciaux. Ce qui les amène à limiter leur capacité d’interrogation quant aux risques potentiels associés à leurs travaux. L’affirmation que pour une telle bactérie utilisant une base de synthèse, « ce n’est pas forcément vrai que c’est dangereux » illustre assez bien le paradigme technoscientifique dans lequel les chercheurs évoluent. Car s’interroger sur un éventuel danger à court terme de ces bactéries ne nous dit rien quant à l’évolution à terme de ces bactéries dans le milieu environnant. Si la nouvelle bactérie dépendante du chloro-uracile ne peut survivre, qu’en sera-t-il de ses mutants qui nécessairement finiront par apparaître ?
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